Une obligation propre à la profession
Deux obligations d’assurance, pas une seule
L’architecte est le seul professionnel que l’article 1792-1 du Code civil cite nommément parmi les personnes réputées constructeurs de l’ouvrage. Sa responsabilité décennale découle donc directement de la loi, dès lors qu’il est lié au maître d’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage.
À cette obligation de droit commun s’ajoute une obligation propre à la profession, posée par l’article 16 de la loi du 3 janvier 1977 sur l’architecture : tout architecte, personne physique ou morale, dont la responsabilité peut être engagée en raison des actes qu’il accomplit à titre professionnel ou des actes de ses préposés, doit être couvert par une assurance.
La garantie attendue couvre donc deux champs distincts :
- la responsabilité décennale, qui court dix ans à compter de la réception
- la responsabilité civile de droit commun, qui joue notamment avant la réception et en dehors du champ décennal
Une attestation qui ne porterait que sur l’un des deux ne suffit pas à justifier de la situation de l’architecte.
Inscription au tableau
L’attestation conditionne le maintien à l’Ordre
L’attestation d’assurance doit être adressée chaque année au conseil régional de l’Ordre des architectes, dès le 1er janvier et au plus tard le 31 mars. Sa fourniture est une condition de maintien au tableau.
Un professionnel qui ne satisfait pas à cette obligation peut être suspendu du tableau par le conseil régional, après mise en demeure restée sans réponse. Le modèle d’attestation attendu est fixé par l’arrêté du 15 juillet 2003.
Deux conséquences pratiques en découlent :
- un retard de renouvellement n’est pas seulement un problème d’assurance, il devient un problème d’inscription
- une attestation émise pour une activité mal libellée sera présentée telle quelle à l’Ordre, puis à chaque maître d’ouvrage
Périmètre de mission
Toutes les missions d’architecte ne portent pas le même risque
Le titre est unique, les interventions ne le sont pas. Le dossier doit dire lesquelles sont réellement exercées :
- la mission de conception seule, jusqu’au dossier de permis de construire
- le permis de construire déposé pour le compte d’un tiers, sans suite de mission
- la mission complète, de l’esquisse à la réception
- la direction de l’exécution des travaux et le suivi de chantier
- l’ordonnancement, le pilotage et la coordination
- la mission de diagnostic sur existant, avant réhabilitation
- l’assistance à la réception et le suivi de la levée des réserves
Le cas du permis déposé sans suivi mérite une attention particulière. La signature engage l’architecte sur la conception, y compris lorsque la réalisation lui échappe ensuite complètement.
Travaux sur existant
Neuf et réhabilitation ne se déclarent pas de la même façon
La part de travaux sur bâtiment existant est l’un des premiers éléments regardés par un assureur. Une intervention sur une structure déjà en place engage sur ce qui est construit, et parfois sur ce qui existait avant.
Le dossier doit préciser la répartition entre construction neuve, extension, surélévation et réhabilitation lourde, ainsi que la nature des ouvrages touchés : structure, couverture, façades, réseaux.
Contexte réunionnais
Concevoir à La Réunion, ce n’est pas concevoir en métropole
Le bâti réunionnais impose des partis techniques que la pratique métropolitaine ne connaît pas. Ils sont rarement décrits dans les dossiers d’assurance, alors qu’ils pèsent sur le risque réel :
- la réglementation thermique, acoustique et aération applicable aux départements d’outre-mer
- la tenue au cyclone des couvertures, des menuiseries et des éléments rapportés
- le classement sismique de l’île et ses conséquences sur la structure
- la protection contre les termites
- la corrosion accélérée en bord de mer, sur les ossatures et les fixations
- la reconnaissance des sols, entre coulées et terrains de pente
Décrire ces sujets ne complique pas le dossier. Cela explique à l’assureur pourquoi une conception locale est technique, et non hasardeuse.
Étude du dossier
Les éléments étudiés dans le dossier
Pour instruire une demande, les éléments suivants sont réunis :
- l’inscription au tableau de l’Ordre et le numéro national
- le chiffre d’affaires d’honoraires, et non le montant des travaux suivis
- la répartition des missions entre conception, suivi et mission complète
- la part de construction neuve et de travaux sur existant
- le montant moyen et le montant maximal des opérations suivies
- les références d’opérations, avec le rôle exercé sur chacune
- les antécédents d’assurance et de sinistres
Le chiffre d’affaires d’honoraires est la donnée déterminante. Un architecte qui déclare le montant des travaux au lieu de ses honoraires fausse toute la tarification et s’expose à une régularisation.
Courtage’UP reprend les contrats et les missions avant de présenter le dossier, pour que l’attestation émise corresponde à la pratique réelle du cabinet.
Activités souvent liées
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Une même structure cumule souvent plusieurs de ces rôles. Chacun se déclare séparément.